Culture pour tous, pour chacun, partagée…

cpc01Culture pour tous, pour chacun, partagée…  à chacun, chacun pour soi, un pour tous tous pour un… Malgré ou grâce à la polémique au lancement du nouveau programme du ministère dirigé par Frédéric Mitterrand – CULTURE POUR CHACUN – Programme d’actions et perspectives – un certain nombre de problématiques ou de points de vue s’énoncent, pointent et interrogent certaines réalités du milieu culturel français.

Il faut, de mon point de vue lire attentivement ce programme ainsi que les textes, communiqués et réactions suscités par ces débats CPC. Tout exaspéré que l’on puisse être de la politique du gouvernement Sarkozy, et plus particulièrement de la politique culturelle et artistique, reconnaître que certaines analyses et débats ne sont pas tous infondés, ni dénués de sens ou d’interrogations, cela aura peut-être pour mérite de tous nous impliquer à débattre, questionner… collectivement sur la politique culturelle du XXIe siècle.

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Septembre 2010 – CULTURE POUR CHACUN Programme d’actions et perspectives

cpc2011

par Guillaume PFISTER / Francis LACLOCHE – Ministère de la Culture

Au sommaire de ce programme en 13 pages :

1. Orientations générales

  • L’héritage de la démocratisation culturelle
  • Un enjeu majeur du ministère
  • Les objectifs de la culture pour chacun :
  1. Substituer à l’intimidation sociale la construction d’un lien social
  2. Affirmer la diversité des modes d’expression : A. Développer les nouveaux outils numériques / B. Donner une place à la culture populaire
  3. 3 Reconnaître les pratiques artistiques de chacun

2. Les actions du ministère

  • Les enjeux de l’actions
  • La méthode retenue
  • Les actions identifiées à ce stade :
  1. Dispositifs structurants
  2. Plan et grands programmes
  3. Actions symboliques
  • La stratégie de communication

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Le 6 décembre 2010, le Synavi (www.synavi.org) publie un communiqué « Culture pour chacun ».

Extraits :

« Dans un texte écrit par le cabinet du Ministre de la culture et de la communication, le gouvernement affirme le cadre d’une nouvelle doctrine : « Passer de la Culture pour tous à la Culture pour chacun ». Programme ambitieux de démocratisation culturelle ? Contre-révolution culturelle ? Le SYNAVI est sceptique et exprime ses inquiétudes.

  • Une « doctrine » manichéenne… qui enfonce des portes ouvertes
  • Du populaire au populisme ? Où sont les artistes…
  • La démocratisation culturelle ? Oui, mais avec quels moyens…
  • Posons les vraies questions : « Après la mascarade des entretiens de Valois qui n’a abouti qu’a la mise en place d’un gadget, agence de propagande présidentielle qu’est le Conseil de la création artistique, présidé par M. Karmitz, après les conférences régionales oubliées à peine convoquées, nous voilà avec les forums qui devraient préparer une grande messe en janvier. Monsieur le Ministre, vous qui êtes attaché à l’histoire, sauf à en avoir déjà écrit les pages à venir, pensez vous qu’en quelques réunions (une par région) en quelques semaines vous puissiez tourner la page de 50 ans de décentralisation culturelle, d’actions dans les quartiers, de politique de création ? Pourtant critique sur les politiques culturelles de 50 ans de ministère de la culture, loin de se satisfaire de la situation actuelle et conscient de la nécessité d’aller plus loin dans la démocratisation de la culture, le SYNAVI, fidèle à ce qu’il écrit dans son Cahier n°1, souhaite la mise en place de véritables concertations, avec un travail de terrain et le temps de la réflexion et de la négociation. Il appelle de ses voeux une démarche démocratique de co-élaboration des politiques culturelles… »

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Le 10 décembre 2010, le Syndeac (www.syndeac.org) réagit avec le texte du conseil national : « Chacun pour soi ou l’art pour personne ».

Extraits :

  • « … Sous ce prétexte, la « culture pour chacun » est une mise en pratique, ou plutôt en idéologie, de la fameuse RGPP, Réforme Générale des Politiques Publiques. Il s’agit de « réformer » (en langue libérale : rationaliser, réduire les coûts, simplifier la tâche de la caste dirigeante) tout ce qui est ou a été « politique publique » (i.e. ce qui a mené la France à la ruine !). Et ici, cela part d’un présupposé : le Ministère de la Culture échoué, avec tous ses Ministres, même si l’on feint de féliciter certains d’entre eux pour leurs pauvres efforts. L’essentiel est de rabâcher : « La démocratisation culturelle a échoué ». « La culture est le principal ennemi de la culture ». « L’art a un effet d’intimidation sociale »… N’en déplaise à ces messieurs, la décentralisation et la démocratisation culturelle et artistique a bien eu lieu, et elle vit ! Imaginez un instant la France « culturelle » en 1950, pas brillante : … »
  • « …Pensez par contre à l’affluence avérée dans les théâtres, le spectacle vivant, les concerts et les musées anciens ou nouveaux, à ce public qui grossit encore ces dernières années et qui se diversifie ; à tous les efforts faits pour briser les murs culturels que par ailleurs vous construisez. Sortez donc de Paris, et vous verrez. Si la démocratisation culturelle est en difficulté, c’est parfois, il faut bien le dire, auprès d’un secteur bien précis : celui de « l’élite » (des élus, des dirigeants). Ce monde-là a eu tendance à se déculturer (« désartifier », disait Adorno) de façon évidente depuis une trentaine d’années : tous ceux qui animent le terrain, artistes ou non, vous le diront avec exemples à l’appui ; il y a des exceptions remarquables, bien sûr. Mais ceci ne doit pas être pris comme une pique de mauvaise humeur : la perte du sentiment artistique (de l’urgence de la vision artistique) entraîne avec elle la perte d’une pensée du monde. Ce n’est pas seulement une crise de la culture, de la politique culturelle, mais de la politique tout court. S’il vous plaît, ne confondons pas les spectateurs, ou les pratiquants amateurs d’un art, avec les électeurs. Pour qu’une politique culturelle (politique artistique au sens large) pénètre tous les milieux, encore faut-il qu’il y ait un art/une culture, des gens qui inventent et réinventent, que cet art ait les moyens d’avancer, de briller, d’imaginer des visions nouvelles ! Pour lui refuser ces moyens, vous proclamez – bons soixante-huitards de droite – la mort de l’excellence, de ses méfaits intimidants, et vous brandissez les bienfaits de la « culture par chacun », là-bas dans les quartiers qui vous obsèdent, parce que c’est vous qui leur avez « coupé le vivre ». Il est urgent d’envoyer messages et messagers pour calmer tout ça et qu’on puisse continuer tranquillement à jouir de notre côté… »
  • « Nous savons tous que l’on pourrait faire mieux et plus en matière artistique et culturelle. On s’en soucie tous les jours, avec des moyens toujours précarisés, sous l’intérêt distrait ou la méfiance affichée des autorités. C’est votre refrain fantasmatique : il faut faire plus avec moins. En ce domaine, nous ne sommes pas les seuls, nous le savons. Pour réaliser cette chimérique et douteuse « culture pour chacun », à supposer qu’elle fut possible, il faudrait 10% du budget de l’État et non 0,80% comme actuellement. Car ne pensez pas que la culture ou l’art puisse sortir spontanément, et en plus « créer du lien social » dans tous les lieux délaissés du pays. L’effet réel (et non-dit) de ce « micmac pour et par chacun », serait de créer une culture à deux vitesses : que les riches retrouvent leurs aises à l’Opéra et dans les lieux privilégiés, et qu’on organise partout des stages et des mini-festivals de hip-hop et de slam et des tags sur les métros de banlieue, pour occuper les agités. Les artistes eux, créateurs ou interprètes, et leurs amis animateurs, techniciens, sont bons pour la poubelle de l’Histoire, avec Malraux par dessus, malgré l’hommage hypocrite à lui rendu : la dialectique entre l’art et la société, c’est trop fatigant. Malraux avait la dimension historique, mais c’est plus facile au supermarché, d’autant qu’on peut le valoriser comme hyper-démocratique ! »
  • « Il suffit de relire ce texte (« La culture pour chacun ») pour constater à quel point les auteurs se prennent souvent les pieds dans le tapis. La « culture pour chacun » doit être le « ferment » du « lien social », c’est-à-dire un élément qui doit réunir tout le monde, un élément de la paix sociale, et en fait du maintien de l’ordre. Avec évidemment pour correctif que tous les pauvres ont le droit de pratiquer librement leur culture. Liberté, liberté chérie, chers esclaves de la globalisation, nous vous l’apportons enfin ! La culture pour chacun sera obligatoire pour tous ! Et pour pas cher, disent-ils ! »
  • « Parlons réformes. Car beaucoup est à réformer dans nos arts et nos métiers, à réformer véritablement, avec une passion de l’avenir, une confiance dans l’intelligence, un désir que cette « politique culturelle que le monde entier nous envie » retrouve son niveau le plus haut, qu’elle continue à diversifier sans cesse ses moyens de diffusion et ses moyens d’écoute des idées et des formes qui naissent dans le corps social. Chaque art du spectacle vivant traverse de graves difficultés qui risquent de mettre à mal (ou à mort) tous les talents naissants, toutes les ambitions individuelles ou collectives. Pensons aux formations artistiques et aux trajets professionnels, aux enseignements artistiques (toujours brandis comme un fanion, mais jamais favorisés), évidemment à « l’intermittence » dans tous les arts concernés (à sa fonction dans le financement réel de la culture, à son devenir dans un système aux moyens bloqués), à ce qui pourrait soutenir les plus hautes ambitions artistiques dès les plus petites compagnies débutantes. »

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Le 19 janvier 2011, dans le Discours de Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication, prononcé à l’occasion de la présentation de ses voeux à la presse.

Extraits :

  • « … « Pour chacun » en particulier : car la culture, j’aime à le dire, est du domaine de l’intime. De cet « intime » qui est, en même temps – et c’est là tout le paradoxe – fondateur de notre vivre-ensemble collectif, car ce qui est le plus profond est ce qui peut le mieux servir de fondement à l’amitié et à ce sentiment de fraternité qui est l’un des idéaux républicains auquel nous contribuons sans doute, ici, plus que bien d’autres ministères. « Pour chacun », parce que « la culture pour tous », c’est trop souvent la culture pour les mêmes, toujours les mêmes – parfois même pour quelques-uns seulement – et que justement la culture aujourd’hui, cinquante ans après la création de ce ministère, doit savoir aller à la rencontre de chacun, avec générosité, attention et sans entrave… « 
  • « … « La culture pour chacun » car la culture n’est pas seulement une « affaire d’Etat », et que chacun, je pense aux mécènes, aux partenaires privés, doit trouver sa place dans le soutien à la création et la valorisation de notre patrimoine. »
  • « … « La culture pour chacun », car chacun construit son propre monde à partir des cultures dont il a reçu l’héritage ou qu’il a choisi de se donner en partage. »
  • « … C’est pourquoi j’ai mis en place, avec mon collègue de l’Éducation nationale Luc CHATEL, un programme d’éducation artistique et culturelle à l’école, enfin entré en vigueur à tous les niveaux scolaires, et qui permettra désormais à chacun des élèves d’aiguiser sa sensibilité aux arts et donc de s’initier à la complexité. Cette réalisation me tient particulièrement à coeur et le « portail des arts », désormais accessible sur Internet, en constitue une réussite évidente. Dans un monde très mobile où les repères paraissent parfois moins clairs qu’autrefois, l’initiation aux arts doit aller de pair avec la formation de l’esprit critique :… »
  • « Un autre domaine où l’audace doit prévaloir et où un nouveau chapitre est en train de s’écrire, c’est le Spectacle vivant. Nous sommes en train de récolter les fruits des quelque 420 heures de débat des Entretiens de Valois, c’est-à-dire de ces échanges nourris, parfois même assez francs, entre l’Etat, les collectivités territoriales et les professionnels du spectacle. Il en ressort que l’on attend de nous une clarification de notre action et notamment de la politique des « labels » dont les critères doivent être transparents et clairs pour tous, afin que les publics puissent se repérer parmi le foisonnement de spectacles qui se fait jour partout sur notre territoire. »
  • « Ces labels doivent être évidemment un gage de qualité et d’excellence qui protège les artistes en même temps qu’il rassure et oriente les publics. « La culture pour chacun », c’est aussi une carte des spectacles lisible où chacun peut trouver le chemin des genres et des artistes qu’il affectionne, que ce soit le théâtre classique ou plus novateur voire expérimental, le ballet et la danse contemporaine, le nouveau cirque, la musique savante ou populaire, ou encore le Slam, cette nouvelle manière de porter et de partager la langue française, à laquelle je m’intéresse beaucoup. Chacune de ces formes et tant d’autres, qui d’ailleurs ne dédaignent jamais de se métisser, doit être repérable, afin que le public lui-même fasse son choix et compose à sa guise ses plaisirs et sa culture. »
  • « C’est aussi pour réaliser cet objectif prioritaire de la « culture pour chacun » que j’ai donc fait, je le disais, de la numérisation le grand enjeu des années 2010 pour la culture et l’axe principal de ma politique. Car aujourd’hui, nos pratiques culturelles passent chaque jour davantage par le numérique et en particulier par Internet, comme l’a confirmé l’enquête décennale du Ministère, qui a confirmé l’omniprésence de cette nouvelle « culture d’écran ». Aujourd’hui, plus que jamais avec Internet, la Culture et la Communication sont donc véritablement réunies et reliées par un lien désormais indissociable. Pour mener à bien cette grande politique numérique, j’ai reçu le plein soutien du Président de la République et du Gouvernement : la Commission du Grand Emprunt nous a octroyé pas moins de 750 millions d’euros pour cette grande oeuvre de conservation et de diffusion numériques de notre patrimoine et du travail de nos artistes. Nous pourrons ainsi faire une large place, non pas seulement au développement des grandes infrastructures, mais aussi à la valorisation des contenus culturels. Internet, c’est aussi un défi pour la presse, auquel le ministère a répondu de façon forte : le soutien sans précédent accordé à ce secteur se double d’un renforcement du statut des éditeurs sur Internet, afin que le pluralisme d’opinions soit préservé et même renforcé dans notre démocratie. »

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Le 4 février 2011, dans le Discours de Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication, prononcé à l’occasion de l’ouverture du Forum national Culture 2011.

Extraits :

  • « … Comment se satisfaire que 33% des ouvriers qualifiés, 29% employés, 38% des agriculteurs, 12% des professions intermédiaires, déclarent n’être jamais allés dans un établissement culturel au cours de l’année, contre 5% des cadres supérieurs ? Peut-on se satisfaire qu’au cours de l’année, 72 % des Français de plus de 15 ans ne soient jamais rentrés dans une bibliothèque, 58% d’entre eux dans une exposition, 51% d’entre eux dans un lieu dédié au spectacle vivant ? »
  • « Le sujet n’est pas simplement limité à la France. Comment répondre à ce défi immense quand on sait que le budget de l’Union européenne consacré à la culture représente 400 millions d’euros sur 7 ans, soit le budget du film Avatar ?… »
  • « … C’est Catherine Trautmann qui lance les Chartes de mission de service public. C’est Catherine Tasca qui met en place en place en 2000, le plan « Art et culture », pour le développement de l’éducation artistique et culturelle de la « maternelle à l’université », première affirmation d’une volonté politique forte dans ce domaine. C’est le dispositif des « Nouveaux territoires de l’art » en 2001, ces friches artistiques sources d’innovations dans les arts plastiques et le spectacle vivant… »
  • « … Aujourd’hui, nous sommes conduits à refonder et à approfondir nos partenariats. Pour conquérir de nouveaux publics, pour mieux accompagner les artistes et la création émergente, nous devons dialoguer, travailler et échanger davantage… L’ambition territoriale, elle est au coeur de l’action de ce ministère. Elle est toujours présente, elle est plus que jamais nécessaire pour reconquérir les « territoires perdus » de l’action culturelle. Ce forum, je souhaite qu’il soit un point de départ et non un point d’arrivée, je souhaite qu’il soit une invitation au débat et non un enfermement dans une posture de combat. Mais les temps ont changé. Le besoin de culture est là, le désir individuel de culture est là, plus présent que jamais, mais ils ont évolué. Les compagnies de spectacle de rue investissent Aurillac, Chalons et bien d’autres villes, les fanzines et les télés associatives se multiplient dans les quartiers, les pratiques amateurs s’intensifient, de véritables « communautés de goût » naissent sur les blogs et les réseaux sociaux… »
  • « … A travers ce forum, je souhaite répondre aux nouvelles réalités de la société française du début du XXIe siècle : individualisation des pratiques culturelles ; inégalités d’accès persistantes, notamment dans les quartiers sensibles, dans le monde rural et péri-urbain ; fractures sociales et générationnelles et risque du « communautarisme culturel », pointés si fortement par les travaux de sociologues comme Louis Chauvel ou Eric Maurin ; visibilité croissante de la diversité de la société française, immense réservoir de talents et d’ouverture au monde. Ce sont ces réalités que doit affronter ce Forum sans a priori, sans idées préconçues, avec toute l’ouverture nécessaire. »
  • « Au cours des dernières années, le développement du numérique et de l’internet a profondément transformé les conditions de diffusion de la culture, mais aussi le paysage des pratiques en amateurs, en favorisant l’émergence de nouvelles formes d’expression, de nouveaux modes de diffusion des contenus dans le cadre du temps libre. La diffusion des outils numériques dans les foyers est souvent désormais l’occasion du premier contact des nouvelles générations avec les contenus culturels. La culture des écrans est là devant nous, ce qu’il importe de promouvoir c’est une véritable éducation à l’image à la hauteur des enjeux. »
  • « L’éducation artistique et culturelle constitue naturellement l’une des clefs essentielles de la démocratisation culturelle… »
  • « … L’autre défi, c’est celui qui consiste à défendre la diversité culturelle, à promouvoir toutes les formes artistiques dans leur richesse, leur foisonnement et leur pluralisme… « 
  • « … Je sais que des acteurs associatifs, des artistes, des chercheurs, des institutions travaillent déjà à l’intégration de cette dimension dans le patrimoine commun. Mais il ne peut y avoir de diversité sans politique de la diversité : cela passe, même à l’heure d’internet, par une politique ambitieuse pour l’aménagement culturel du territoire, cela passe par une sensibilisation dès l’école, cela passe, enfin, par une meilleure orientation des publics dans une offre souvent surabondante car la diversité offerte n’est pas nécessairement consommée. Les outils ne manquent pas, comme le développement des résidences d’artistes, comme l’appui renouvelé en faveur de démarches participatives, co-production d’oeuvres ou d’événements qui favorisent l’estime de soi – car l’oeuvre parle avant tout à l’intime – mais aussi le dialogue avec l’autre. Il n’est pas question de soumettre la création artistique ou les politiques patrimoniales au goût des populations, mais de considérer les populations non plus comme de simples destinataires des oeuvres mais comme des acteurs culturels à part entière. En la matière, je ne veux rien imposer : je souhaite solliciter votre expérience, vous entendre, vous écouter… »
  • « … Dans les semaines à venir, je veux poursuivre un chantier de réflexion et des expérimentations avec les élus, les acteurs culturels des territoires, l’immense réservoir des associations : avec vous, avec votre engagement, mon Ministère peut beaucoup ; sans vous, sans votre expertise, sans votre connaissance des attentes et des besoins, mon Ministère ne peut agir efficacement et dans la durée. Je ne souhaite pas, vous l’avez compris, remettre en cause ce qui est au coeur de l’action patiente et continue des pouvoirs publics, de tous mes prédécesseurs depuis la création de ce ministère. Ce que je souhaite, c’est que nous mettions en avant les bonnes pratiques, les expertises des acteurs culturels de terrain, le travail patient des associations engagés sur le terrain culturel pour rapprocher l’offre culturelle et la demande des citoyens. »
  • « Nos politiques devraient être à même de renforcer les relations et les interactions entre des « libertés hétérogènes » pour reprendre Amartya Sen. La mission de création et de diffusion des établissements culturels doit être sans cesse réaffirmée. Mais n’y aurait-il pas l’espace pour permettre aux personnes de mieux se situer au monde, de mieux définir leur identité culturelle, pour plus de respect pour elles et plus de respect pour les autres. Dans le monde tel qu’il est, au regard des fractures sourdes et de l’industrie du divertissement qui domine, l’offre culturelle doit porter cette ambition plus large, une ambition qui l’inscrit comme acte de mémoire et engagement éthique. »
  • « Ce que je refuse, comme vous, ce sont trois dangers qui parfois peuvent être connexes : je veux parler de l’uniformisation qui aliène, autrement dit la culture globale du mainstream pour tous ; je veux parler du communautarisme culturel, et des risques de fragmentation irréversible dont il est porteur ; je veux parler de l’éclipse du citoyen formé et éduqué à l’art par la figure du consommateur. Ces périls, il convient de ne pas les exagérer, mais il importe d’en prendre la mesure afin de mieux les affronter. »
  • « Ce à quoi j’aspire en revanche, c’est la prise en compte de la diversité effective de la société française du XXIe siècle dans nos politiques publiques, c’est l’usage des nouveaux outils d’accès à la connaissance et à la culture dans l’éducation artistique et culturelle, c’est enfin une attention accrue aux publics empêchés, qui ne doivent pas être enfermés dans des ghettos, mais bien nourrir des approches spécifiques. Ces enjeux vous les connaissez, ces enjeux vous les mesurez dans votre travail artistique, dans votre activité de médiation culturelle. Travaillons ensemble, partageons, débattons : de ces échanges, je suis certain que sortira le meilleur. Comme le dit Gaston Bachelard, « Deux hommes, s’ils veulent s’entendre, ont dû d’abord se contredire. La vérité est fille de discussion ». »

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D’autres réactions :

Annexe : Aperçu de l’article De la « concurrence libre et non faussée » – Menace sur la liberté d’association en France par Didier Minot – Président de Réseau des écoles de citoyens (Récit) du Monde Diplomatique de janvier 2010 : www.monde-diplomatique.fr


 » Créer, c’est résister. Résister, c’est créer « 

Citation extraite de la déclaration produite par les membres du Conseil National de la Résistance au moment de la célébration du 60ème anniversaire du programme du CNR, adopté dans la clandestinité le 15 mars 1944.